Comment se passe le partage de véhicules dans les collectifs ?


Date de l'article 31.10.2022
Auteur Florentine De Michele
Brève / Article Article
Chapo de l'article L'habitat participatif est un lieu particulièrement propice aux démarches de mutualisation. lls peuvent concerner des espaces, des biens ou des services : buanderie, terasse commune, jardin partagé, salle de réception, atelier de bricolage, échange de services... certains collectifs étendent ce degré de mutualisation au partage de véhicules. C'est le cas des Choux Lents, habitat participatif au nord de Lyon, qui expérimente ce système depuis de nombreuses années. Audrey Gicquel, habitante, nous explique comment s'organise un tel système et les intérêts qu'il représente pour le collectif.
Texte de l'article « Bonjour Audrey. Peux-tu te présenter ainsi que ton collectif ? »

« Je vis aux Choux Lents depuis 2012, groupe de 7 foyers au nord de Lyon, à Saint-Germain-au-Mont-d'Or. Le collectif est constitué de 11 adultes et 6 enfants. Je fais partie des initiateurs du projet, et je travaille maintenant à faciliter l'émergence d'habitats participatifs sur Lyon et sa région. Passionnée par l'intelligence collective et les dynamique de groupe, j'organise régulièrement des formations et j'accompagne des collectifs dans leur projet. »

« Qu'est-ce qui vous a motivé à mettre en place un système de véhicules partagés ? »

« Au début, nous disposions de véhicules privés que nous nous prettions les uns aux autres. Puis un des cohabitants a décidé de donner son véhicule à l'association. C'est là que tout a fait sens. Nous en avons acheté un deuxième, puis un troisième. Ces véhicules sont propriétaires de l'association. »

« Quels types de trajets faites-vous avec ces véhicules ? »

« Dans notre collectif, la plupart des cohabitants circulent en vélo et en train, car la gare est toute proche. Mais ce système est utile, notamment pour les enfants car il permet de faire facilement les allers-retours entre l'école et les Choux Lents, tous les jours. Il nous arrive de les utiliser pour partir plus loin, en week-end par exemple. »

« Comment avez-vous procédé pour l'achat des autres véhicules ? »

« On a demandé à chaque habitant combien ils avaient à mettre sur la table, en fonction de l'usage de chacun et de leur budget. Puis on a évalué le budget total pour procéder à l'achat de véhicules. Ce budget représente une avance, et après on a un coût au kilomètre qui intègre l'amortissement de l'achat du véhicule, calculé sur 10 ans. »

« Avez-vous un document qui permet d'organiser ce partage de véhicules ? »

« On a une pochette qui contient les papiers du véhicule, l'assurance, les clés et un petit carnet. Sur ce carnet, on a fait des colonnes pour les réservations, qui permettent d'indiquer les kilomètres de début et de fin lorsqu'on emprunte le véhicule, et une colonne pour des remarques diverses. »

« Et si les véhicules ne sont pas disponibles ? »

« On est rarement dans cette situation. Mais au besoin, deux voisins peuvent nous prêter leurs véhicules, et on les dédommage en payant le trajet en fonction du nombre de kilomètres, exactement le même principe que notre système de véhicules partagés. »

« Comment se passe l'entretien des véhicules ? »

« Sylvain, membre du collectif et passioné d'automobile, s'est proposé pour prendre en charge l'entretien des véhicules. Tous les 6 mois, il reporte les kilomètres dans un tableau Excel et calcule les coûts au kilomètre. C'est également lui qui prend les rendez-vous chez le garagiste si besoin. Pour estimer le coût, il multiplie le nombre de kilomètres par le prix au kilomètre (22 centimes pour une Yaris et 31 centimes pour une Kangoo) et déduit les dépenses de carburant. »

« Et en cas de dommage sur le véhicule, comment ça se passe ? »

« Les véhicules sont tous assurés. Si des dommages sont causés sur le véhicule, c'est le conducteur qui paye la franchise. Si l'assurance ne prend pas en charge certains dommages, on évalue en fonction du trajet : si c'est un trajet pour le collectif, le collectif prend en charge la moitié des frais. Si c'est un trajet personnel, alors c'est le conducteur qui prend en charge la totalité des frais. Et lorsque des contraventions arrivent à l'association, c'est l'association qui dénonce le responsable. »

« Avez-vous rencontré des diffultés particulières dans l'expérimentation de ce système ? »

« Une difficulté dont je ne m'étais pas rendue compte au départ, c'est que le véhicule est quelque-chose d'important pour les gens, car il représente la liberté de pouvoir prendre son véhicule à tout moment et partir. Il y a quelque-chose de social que je n'avais pas forcément repéré. Avant de mettre en place une flotte de véhicules partagés, un habitant avait abîmé le véhicule d'un autre habitant qui lui avait prêté. Et cela a généré plein de problèmes. Je pense qu'il y a un vrai danger à emprunter le véhicule de l'autre, ce n'est pas une solution viable. Pour expérimenter le partage de véhicules, il faut se détacher de la notion de propriété du véhicule. »

« Quels conseils donneriez-vous à un collectif qui voudrait mettre en place un tel système ? »

« Globalement, c'est un système qui fonctionne bien. Il n'est pas forcément utilisé de tous les habitants alors je pense qu'il faut veiller à évaluer le bon nombre de véhicules par rapport au nombre d'utilisateurs. C'est important d'avoir un bon roulement. »

« Merci Audrey ! »