Manifeste de l'habitat participatif populaire !

04.07.2024

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Fin 2022, la rencontre d’acteurs et d’actrices de l’habitat, d’habitant·es des quartiers populaires, de membres de la Coordination Pas sans Nous et d’Habitat Participatif France, a permis d’initier une réflexion commune sur d’autres manières d’habiter. Les échanges et les visites d’habitats participatifs qui ont suivi, ont nourri la volonté partagée de mener un plaidoyer commun qui prend, aujourd’hui, la forme de ce manifeste. Ce texte appelle à faciliter et multiplier les projets d'habitats participatifs populaires, construit à partir des réalités, des préoccupations et des possibilités économiques des habitant·es des quartiers populaires. C’est dans cette perspective que nous invitons les acteur·ices intéressé·es à co-signer et à travailler ce sujet, avec nous, au long cours.
Ce manifeste a été signé publiquement le 4 juillet lors des Rencontres Nationales de l'Habitat Participatif : il demeure ouvert aux futurs cosignataires.

L’habitat participatif populaire : entendre la volonté des habitant·es d’habiter autrement


Dans les quartiers populaires, par-delà la défiance, la démobilisation et la résignation, des collectifs explorent et expérimentent. Les habitant·es, y compris parmi les plus précaires, sont nombreux à avoir un savoir vivre, un plaisir de vivre ensemble en habitat collectif, et un sens de l’intérêt général. Les quartiers populaires ne sont pas des déserts de mobilisation. et

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Pourtant, le constat des habitant·es sur leurs quartiers reste alarmant : 40 ans de politique de la ville, 20 ans de rénovation urbaine se sont écoulés. Les logements et cadres de vie demeurent souvent extrêmement dégradés, entre disparition des services publics et des commerces de proximité, manque de concertation dans les projets de démolition - réhabilitation, hausse des charges locatives, insalubrité et inadaptation des logements aux changements climatiques. Les personnes en situation de mal-logement, totalisant 4,2 millions de personnes en France, y demeurent sur-représentées.
Si un principe de co-construction de la politique de la ville avec les habitant.es est bien inscrit dans la loi Lamy depuis 10 ans, les conditions de sa mise en œuvre ne garantissent pas les moyens aux habitants d’y prendre une place pleine et entière.

L’habitat participatif pour répondre à certains enjeux des quartiers populaires

Mieux appréhender les problématiques locales, s'appuyer sur les expertises citoyennes, les demandes et les préoccupations des habitant·es sont des facteurs unanimement reconnus comme déterminants pour la réussite de la politique de la ville et l’amélioration de la vie des quartiers. Or la réponse apportée est trop souvent descendante, sans réellement faire de place aux propositions et aux initiatives d’habitant·es qui souhaitent expérimenter d’autres manières d’habiter dans leurs quartiers. En replaçant les citoyen·nes au cœur du processus de construction de leur habitat et de sa gestion au quotidien, l’habitat participatif s’inscrit dans une perspective démocratique et dans l’esprit de la loi Lamy.

L’habitat participatif peut apporter des réponses au long cours aux besoins de considération, de dignité et d'autodétermination des habitant·es. Il permet également un contexte favorable aux habitant·es et aux institutions pour apprendre à co-construire un habitat durable et un cadre de vie respectueux de toutes et tous.
Un projet d’habitat participatif dans un quartier populaire peut être une opportunité à proposer à des habitant·es, propriétaires et locataires. Attachés à leur quartier et à leur voisinage, à l’aise dans le partage d’espaces communs et le règlement collectif des petits problèmes quotidiens, les habitants aspirent à l'être davantage dans un petit collectif en y prenant des responsabilités sur leur cadre de vie.

Des collectifs s’organisent pour bien vivre ensemble dans l’immeuble et dans le quartier. Ils servent d'exemple, sont inspirants, et contribuent ainsi au mieux vivre et au changement d’image du quartier aux yeux de ses habitant.es et de l’extérieur. Certaines formes d’autogestion d’espaces communs, de partage de matériel et de compétences, d’entraide et de solidarité peuvent préexister et pourraient ainsi se développer.

L’habitat participatif populaire : une démarche plus qu’un produit de logement

Un habitat participatif populaire : les habitant·es des quartiers populaires ont à construire leur propre vision de l'habitat participatif, le type d’espaces communs, les modes d’autogestion, les niveaux de participation, etc. L’habitat participatif se traduit par une pluralité de formes et de montages juridiques et financiers. Il peut s’incarner par la mise à disposition d’espaces communs dans des bâtiments existants, dans une logique de cogestion entre les collectifs d’habitant.es et les bailleurs sociaux, mais aussi dans des projets qui s’inscrivent dans la rénovation urbaine, en alternative aux démolitions-reconstructions ou dans le cadre de la reconstitution de l’habitat. Il peut aussi se conjuguer avec d’autres formes d’habitat partagé (habitat inclusif, cohabitation intergénérationnelle solidaire, etc.).

L’habitat participatif peut concerner des logements en accession à la propriété ou en propriété collective, tout autant qu’en locatif social : pour les locataires du parc social, il peut constituer une nouvelle étape dans la trajectoire de vie. De même, pour atteindre une mixité sociale choisie, il est intéressant que propriétaires et locataires puissent participer à un même projet d’habitat.

Créer un cadre de coopération pour des politiques du logement réellement au service des habitant·es

Par crainte de susciter des espoirs déçus, les projets participatifs sont souvent ficelés avant que les habitant·es ne soient associés. Pourtant, dans les quartiers populaires, des collectifs citoyens de formes diverses, sont désireux d’expérimenter, de coopérer et d’apprendre. Afin de formuler des propositions incarnées et ancrées dans leurs réalités, ces dynamiques locales doivent pouvoir rencontrer des interlocuteurs parmi les acteurs de la production et de la gestion des logements (collectivités locales, organismes HLM, aménageurs, etc.).

Les institutions doivent considérer la parole et l’expertise des collectifs d’habitant·es, qui sont force de proposition tout en connaissant les contraintes des institutions. Leur capacité à écouter, entendre et comprendre les habitant·es doit permettre de créer le cadre de discussion et de travail en confiance, nécessaire à la mise en place de politiques du logement réellement co-construites. Ces coopérations locales doivent également être menées en articulation avec les réseaux associatifs territoriaux et nationaux, qui ont besoin de trouver des interlocuteurs engagés, au sein des collectivités locales et des services et agences de l’Etat, avec l’objectif de fluidifier, capitaliser et évaluer ces expérimentations dans l’habitat.

Pour garantir demain, les moyens d’expérimenter dans le domaine de l’habitat

Pour construire la ville de demain, il est indispensable de rendre aux habitant·es une place de choix dans la conception de leur habitat, de leur cadre de vie et de la ville. Une réelle concertation avec les collectifs d’habitant·es est essentielle, dès les phases de programmation. Nous appelons à la mise en place de dispositifs qui garantissent la possibilité aux habitant·es de faire des propositions de projets d’habitat participatif dans les programmes de réhabilitation / démolition, de construction de nouveaux logements, ainsi que dans le cas de locaux vacants dans l’existant.
Les collectifs d’habitant·es ont par ailleurs besoin de financements pour s’organiser et se rencontrer, se former et être accompagnés. Du fait de leurs spécificités, les opérations immobilières en habitat participatif sont difficiles à équilibrer financièrement. Nous appelons ainsi au soutien des démarches des collectifs intéressés, ainsi qu’aux moyens de cofinancer les espaces communs de ces opérations, afin de voir à terme, se développer l’habitat participatif populaire dans nos villes.

Liste des premiers signataires :
  • Coordination nationale Pas sans Nous
  • Habitat Participatif France
  • Réseau National des Collectivités pour l’Habitat Participatif
  • Fondation Abbé Pierre
  • Fédération des centres sociaux et socioculturels de France
  • Frugalité Heureuse et Créative
  • HAPA - Réseau de l'Habitat Partagé et Accompagné
  • FédAc - Autoproduction & Entraide dans le bâtiment
  • Cohabilis
  • Les Saprophytes
  • La Commission Rénovation Urbaine d’Etouvie (CRUE)
  • Habitat Participatif Ouest
  • Chez Moi Demain
  • Olivier Hamant - Institut Michel Serres, Lyon

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Informations utiles

Contact : contact@habitatparticipatif-france.fr